En Moselle, un projet agrivoltaïque pour sécuriser la transmission d’une exploitation familiale

Roland Martin, éleveur de bovins en agriculture biologique à Langatte, anticipe l’avenir de la ferme familiale. Un projet agrivoltaïque devrait permettre de sécuriser les revenus de l’exploitation et faciliter l’installation de son fils. L’objectif est aussi de protéger la ressource fourragère et le troupeau face tout en pérennisant une filière locale de viande bio.

 

Roland Martin travaille seul aujourd’hui au sein de l’EARL de la Libération depuis le départ en retraite de sa sœur en 2022. Les tâches sont nombreuses dans cette ferme biologique de 150 hectares située à Langatte (57), dont 100 hectares sont recouverts de prairies. Roland y élève 200 bovins Blonde d’Aquitaine et Limousine. Ces races fournissent une viande bio de qualité qui est valorisée en vente directe et aussi en circuit-court, auprès des restaurateurs, des collectivités locales, des GMS (grandes et moyennes surfaces) et des boucheries du coin. Une filière locale aujourd’hui bien installée, fruit de son travail et de sa famille, que l’homme de 57 ans souhaite transmettre dans les meilleures conditions.

La naissance d’un projet en agrivoltaïsme

Bien que son fils Victor travaille de manière occasionnelle à ses côtés, Roland a un emploi du temps plus que chargé. Mais il a tout de même décidé de voir plus loin. Ce temps de réflexion, Roland Martin l’a pris lors d’une rencontre avec l’équipe Héliantis énergies « Ce premier échange a permis de faire connaissance et de présenter l’agrivoltaïsme. On vérifie ensuite l’éligibilité et l’adéquation avec la vision des agriculteurs », précise Félix Cadiot, chef de projet chez Héliantis.

Les discussions sont simples et claires pour les deux parties, l’éleveur a tout de suite compris les bénéfices qu’une installation agrivoltaïque pouvait apporter à la pérennité de sa ferme.

La première étape : le pré-diagnostic agricole

Démarre ensuite une phase de pré-diagnostic effectuée en 2024 par les équipes d’Héliantis énergies. L’objectif est de poser les bases d’une installation agrivoltaïque adaptée au contexte de l’exploitation. C’est Nabilath Yekini, agronome, qui l’a réalisée en collaboration avec Roland Martin. « Nous avons identifié les principales problématiques de la ferme : la transmission à venir, la charge de travail trop élevée, la sensibilité des terres au stress hydrique… », précise Nabilath. Parallèlement, cette pré-étude a permis de localiser la zone idéale pour accueillir la centrale.

Une installation de 8 MWc

Une zone à bon potentiel est identifiée au sud de l’exploitation, avec un raccordement possible au réseau électrique situé à 4,7 km. La surface ciblée est de 13 hectares pour une puissance estimée de 8 MWc. La centrale sera constituée de trackers solaires dont la hauteur permettra d’assurer le passage des animaux et des engins (soit 1,8 à 2,5 mètres en bas des panneaux). L’installation est pensée pour être en adéquation avec le système déjà en place de l’éleveur à savoir : un pâturage bovin et la production de fourrage.

Les bénéfices attendus du projet

L’objectif premier est de préparer la reprise de Victor, le fils de Roland Martin, grâce à un revenu stable et sécurisé. Il est aussi important d’accélérer l’arrivée de Victor pour mieux répartir la charge de travail qui repose sur Roland Martin.

Si le projet se concrétise, Héliantis énergies a également prévu de financer des clôtures et la pose de caméras pour faciliter la surveillance. Le projet s’intègre dans leur souhait de développer le pâturage rationné grâce à l’utilisation de paddocks. L’experte agronome Nabilath Yekini ajoute : « Les sols argilolimoneux sont particulièrement sensibles à la sécheresse qui affecte de plus en plus les prairies. Or tout le système d’élevage biologique de la ferme repose sur la production d’herbe et de foin ». Face au réchauffement climatique, l’ombre apportée par les panneaux favorisera la pousse estivale, tout en réduisant le stress thermique néfaste au bien-être des bovins.

Un atout pour le territoire

Le maintien de cet élevage biologique qui approvisionne les cantines, la restauration, les GMS ou les boucheries locales en viande de qualité est prioritaire pour le territoire. Le projet a reçu l’aval du conseil municipal et de la communauté de communes.

Au-delà des bénéfices apportés par l’agriculture biologique, l’exploitation contribuerait à la fourniture d’une énergie locale et décarbonée. Un vrai plus en termes de souveraineté énergétique.

 

Les prochaines étapes

L’année 2025 a été consacrée à la réalisation des études environnementales effectuées par un bureau indépendant. Aucun enjeu écologique bloquant n’a été identifié à ce stade sur la zone d’implantation envisagée. Après cette étape, est prévue l’élaboration de l’étude préalable agricole (EPA) requise pour le dépôt officiel du dossier.

L’instruction administrative pourra alors commencer, avec notamment le passage en Commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDEPENAF). La durée d’instruction est estimée à environ 18 mois selon les départements.